Pixel impression
  • L'essentiel
  • -
  • En savoir plus...
DES PROJETS GONFLÉS
Séville (Espagne), le 9 mars 2018

Interview : Jean-Luc Bouvier, directeur du R&D deux-roues chez Michelin

Interview Jean-Luc Bouvier, directeur du R&D deux-roues Michelin

Comment se positionne Michelin sur le marché mondial du pneu moto ? Quels sont ses objectifs ? Quelles sont les prochaines technologies à l'étude chez le Bibendum ? Moto-Net.Com a interrogé Jean-Luc Bouvier, directeur du département Recherche et développement deux-roues chez Michelin, lors de notre essai du Road 5. Interview.

Imprimer

Moto-Net.Com : Vous estimez le volume de pneus moto vendus en Europe entre 12 et 15 millions par an et à plus de 400 millions dans le monde. Quelle est la position de Michelin sur ce marché ?

Jean-Luc Bouvier, directeur du département Recherche et développement deux-roues Michelin (moto, scooter et vélo) : Je ne peux pas vous donner de chiffres précis sur nos volumes, car ils ne sont pas publics... De plus, je ne les connais pas ! En revanche, je suis en mesure de vous répondre sur notre position : sur le marché européen par exemple, Michelin représente environ un quart des ventes, toutes familles de pneus confondues. Selon la catégorie de pneus, des variations assez importantes sont constatées d'un pays à l'autre. 

Sur le marché mondial, en particulier dans les pays émergents, la concurrence est extrêmement locale : il s'agit de marques peu connue chez nous, comme MRC en Inde ou IRC en Indonésie. Ce sont des acteurs locaux historiques qui sont très bien implantés, à très forte image sur leur marché et qui réalisent de très gros volumes. Notre part de marché dans ces pays émergents est par conséquent beaucoup plus basse : nous sommes à quelques pourcents. Ce qui signifie qu'il s'agit de zones avec de très belles opportunités de croissance pour nous, et Michelin y travaille activement !

"Le prix moyen d'un pneu moto en Asie est de 13 € !"

Pour vous donner un ordre de grandeur : si l'on gagne un point sur le marché mondial de 400 millions, cela représente 4 millions de pneus. Or cette quantité correspond presque à la production de deux usines : c'est énorme ! Cela étant, les règles économiques sont différentes dans les pays émergents. En Asie par exemple, le prix de vente moyen d'un pneu moto est de... 13 euros ! Dans ces conditions, forcément, nous devons rationaliser nos investissements : cela passe notamment par des partenariats externes pour la fabrication des enveloppes.

M.-N.C. : Quelle part occupe la division moto par rapport aux autres activités du groupe en volumes, chiffre d'affaires et investissements ?

J.-L. B. : Là encore, je suis un peu gêné mais je ne peux pas mettre des chiffres précis sur ces questions car nous ne les publions pas. Ce que je peux vous indiquer néanmoins, c'est que notre division deux-roues (moto, scooter et vélo) est sur une forte dynamique de croissance depuis cinq ans, tant en volumes qu'en résultats économiques.

"Notre division deux-roues est sur une forte dynamique de croissance"

La division deux-roues se porte aujourd'hui très, très bien. C'est certainement l'activité de référence du groupe Michelin en matière de croissance. Mais en termes d'importance, la division deux-roues reste très petite par rapport à nos autres activités. Un exemple ? Quand notre division "Génie civil" vend 60 pneus, cela représente, en tonnage, les ventes de toute l'activité annuelle deux-roues !

M.-N.C. : Quelles sont les axes de développement à venir pour les pneus moto ? L'accent continuera-t-il à être mis sur la longévité, alors que les motards parcourent de moins en moins de kilomètres ?

J.-L. B.  : Nous continuerons à améliorer les performances de nos pneus, c'est pratiquement la raison d'être de notre R&D ! Au sujet de l'usure, nous nous devons de garantir à nos clients une certaine durée de vie. Cependant, sur le Road 5, nous avons choisi de ne pas l'augmenter parce que ce besoin est effectivement moins prioritaire, comme vous le soulignez. 

Nous avons préféré améliorer ses performances et les rendre plus constantes sur la durée (Michelin assure que son Road 5 freine aussi court à 5000 km que l'ancien Pilot Road 4 à l'état neuf, NDLR). Aujourd'hui, dans le domaine du Sport-Touring, je ne pense pas qu'il y aura d'évolutions majeures concernant l'usure. 

M.-N.C. : Même constat concernant les performances, comment les valoriser alors que le contexte routier est archi-restrictif et que la vitesse va passer à 80 km/h sur le réseau secondaire français ? Pas facile de faire des parallèles avec les prototypes de MotoGP chaussés exclusivement en Michelin !?

J.-L. B.  : Tout d'abord, si la France limite drastiquement la vitesse, d'autres pays du monde sont moins contraignants sur ce point. Or Michelin fabrique des pneus pour tous les marchés mondiaux, pas seulement pour la France ! Cela étant, la grande majorité des produits a aujourd'hui atteint un niveau de performances qui dépasse probablement les exigences de la majorité des usagers. Mais ce n'est pas une raison pour s'arrêter : des progrès sont toujours réalisables !

Nous pouvons notamment améliorer la sécurité offerte par nos pneumatiques. La sécurité pour un pneu c'est de fournir du grip dans toutes les conditions, y compris quand il est en fin de vie. 50% des gens roulent avec des pneus qui sont plus qu'à moitié usés, donc cette capacité à conserver ses qualités dans le temps est une donnée très importante ! D'autres marges de progression sont aussi réalisables concernant l'aspect ludique et "fun" de nos pneus : c'est un domaine sur lequel nous nous sommes aussi concentrés sur le Road 5, en améliorant sa vivacité et ses performances sur le sec (MNC a effectivement noté un net gain de réactivité par rapport au Pilot Road 4, NDLR).

M.-N.C. : La mode étant aux objets connectés, Michelin envisage-il de développer un pneu intelligent ? Capable par exemple de communiquer via une application diverses infos comme la pression, la température, le nombre de tours de roue, l'usure ou le patinage ?

J.-L. B.  : Oui, nous travaillons activement sur ces nouvelles technologies, notamment en compétition où nous développons des outils capables de déterminer la bonne pression, le type de gommes à utiliser en fonction des conditions, etc. Pour l'instant nous ne proposons pas ce types de services sur notre production de série, mais nous explorons ces axes de travail...

L'autre perspective qu'ouvre ces objets connectés est de nous rapprocher de nos clients, via des applications comme celles qui se sont développées dans le sport (Runstatic, Strava, Fitbit, Décathlon Coach, etc. NDLR). L'intérêt est que ce type d'applications collectent des données à propos de l'utilisateur comme son profil, ses habitudes et ses besoins d'utilisation. En analysant ces données, nous pourrions mieux connaître les besoins de nos clients et donc mieux y répondre.

M.-N.C. : Travaillez-vous sur des pneus "verts" dont la construction, l'utilisation et le recyclage n'auraient aucun impact sur l'environnement ? Des équivalents au caoutchouc naturel, mais aussi aux polymères synthétiques auxquels vous avez actuellement recours et qui dérivent du pétrole ? 

J.-L. B.  : La réponse est oui. La dépendance au pétrole et aux produits qui en dérivent n'est évidemment pas une force dans le monde d'aujourd'hui. Concernant les caoutchoucs synthétiques dont il est question, Michelin travaille sur de nouvelles générations d'élastomères qui ne sont pas issus du pétrole. C'est de la recherche avancée, qui nous permettra de supprimer cette dépendance au pétrole et de valoriser d'autres matières premières. 

"De nouvelles générations d'élastomères non issus du pétrole"

Quant au caoutchouc naturel, par définition, c'est un composant naturel donc renouvable. Par ailleurs, nous en utilisons une part relativement modeste dans un pneu (environ 5%). Par conséquent, nous n'étudions pas d'autres pistes de substitution à son utilisation. Enfin, dernier aspect : le recyclage. A l'heure actuelle, nous avons des filières de recyclage en Europe qui nous permettent de valoriser les pneus en fin de vie. Ils sont transformés en énergie ou en produits dérivés et ces filières fontionnent relativement bien. 

M.-N.C. : Michelin va équiper le futur championnat FIM Moto-e en 2019. Comment appréhendez-vous le développement des motos électriques ?

J.-L. B. : Ces motos exigent effectivement des pneus avec des spécifications particulières. Dans le cas de la compétition FIM Moto-e à laquelle vous faites référence, nous sommes en présence de motos assez lourdes : environ 260 kg, ce qui est très élevé pour une moto de compétition (une MotoGP pèse actuellement 157 kg à sec, NDLR). La masse sera donc la principale caractéristique dont il faudra tenir compte.

Le deuxième élément concerne la manière instantannée dont un moteur électrique délivre son énergie : dès l'ouverture des "gaz", tout le couple disponible déboule d'un seul coup. Forcément, cette caractéristique impacte l'adhérence du pneu, mais aussi son usure : ajoutée au poids élevé de ces motos électriques, cela engendre des contraintes très élevées sur les pneus. Ils doivent donc être surdimensionnés pour y faire face.

Ces contraintes sont similaires sur les motos électriques de série, comme la Harley-Davidson électrique, la LiveWire, que Michelin équipera en première monte quand elle sortira commercialement (normalement pendant l'été 2019, NDLR).

.

.

Commentaires

Ajouter un commentaire

Identifiez-vous pour publier un commentaire.

.

Les derniers essais MNC

Kawasaki Ninja 1100 SX SE 2026 : l'essai vidéo sur Moto-Net.Com

Née en 2011 sous le nom de Z1000SX, la routière sportive de Kawasaki en est à sa cinquième évolution. Cubant désormais 1099cc, la Ninja 1100 SX gagne en force ce qu'elle cède en chevaux tout en haut. Moto-Net.Com a parcouru 900 kilomètres pour découvrir son inédite version SE avec étriers Brembo et amortisseur Öhlins. Essai en vidéo !
Essai GSX-R1000R 2026 : quarantaine rugissante pour le mythe Suzuki !

Tiens, MNC ressort une vieille GSX-R du hangar ? Que nenni : pour célébrer le 40ème anniversaire des Gex, c'est Suzuki qui ressuscite la GSX-R1000R, lancée en 2017 et passée aux normes Euro5+ en 2026, avec quelques chevaux en moins mais du caractère et des ailettes en plus. Elle est de retour en concession française à 20 500 euros. Gaz !
Suzuki GSX-R1000R 2026 : l'essai vidéo sur Moto-Net.Com

Suzuki relance la GSX-R1000R en 2026 pour fêter le 40ème anniversaire de ses ''Gex'' ! Cette version Euro 5+ affiche 195 chevaux - seulement ?! - mais conserve son caractère bien trempé : moteur qui grogne, partie-cycle qui tranche, électronique qui (r)assure. Moto-Net.Com l'a testée sur route et sur circuit : verdict en vidéo !
Essai Ninja 1100 SX SE : 900 bornes sur la routière sportive de Kawasaki 

Cinquième évolution de la routière sportive née en 2011 sous le nom Z1000SX, la Ninja SX est passée à 1099cc pour gagner en force, quitte à perdre quelques chevaux tout en haut. À son guidon, Moto-Net.Com s'est rendu au circuit du Vigeant pour tester la ZX-10R… et pour livrer son avis complet sur cette Ninja 1100 SX, dans son inédite version SE.

A lire aussi sur le Journal moto du Net

Christophe Ponsson, l'inattendu mais grand champion FSBK 2026 

Avec huit victoires en douze courses dès sa première saison en championnat de France Superbike, Christophe Ponsson est l'incontestable champion FSBK 2026. Et pourtant, il était absent de la liste des favoris de la FFM. Retour sur la trajectoire du n°23 du team MDS BMW, monté en WorldSBK dès 19 ans et pigiste en MotoGP... à une seule reprise.
Horaires et enjeux du Moto GP du Japon 2026 à Motegi

Le Grand Prix du Japon, 16ème épreuve MotoGP 2026, est prévu du 2 au 4 octobre sur le circuit Twin Ring Motegi. Jorge Martin s'y présente avec 12 points d'avance sur Marc Marquez et 42 sur Marco Bezzecchi, tandis que Pedro Acosta débarque sur l'archipel sur l'élan de sa première victoire en Autriche. Présentation et horaires.
Champion WSBK 2026 et rookie MotoGP 2027, Bulega fait peur 

C'est fait ! Nicolo Bulega vient d'être sacré champion du monde Superbike 2026 ce dimanche à Cremona (Italie). Il rejoindra le MotoGP chez VR46 en 2027, année du grand ''remplacement'' : 850 cc, aéro et gadgets limités, pneus Pirelli… sur lesquels l'italien a déjà fait connaissance avec la future Ducati de GP. Un rookie pas comme les autres, donc.
Une moto sportive Honda en survêtement Onitsuka Tiger jaune

Honda vient de dévoiler à Milan (pour la Fashion Week et non l'Eicma) un inédit Onitsuka Tiger Honda Mid Sports Concept : une Hornet 750 au carénage complet et complètement ''Tiger Yellow'' à bandes noires. À travers cette première collaboration, les deux marques japonaises entendent mettre la moto sportive... à la mode ?
Livre moto : Johann Zarco, la victoire et le pardon

Johann Zarco, unique double champion du monde Moto2 et historique vainqueur du GP de France 2025, revient sur son parcours, ses réussites, ses remises en question et l'emprise de feu son mentor dans sa première biographie officielle, de 354 pages, aux éditions Solar. 
Culture 1 commentaire
Essai vidéo des Metzeler Sportec 01 et Sportec 01 RS

Moto-Net.Com chausse les nouveaux pneus Sportec 01 et Sportec 01 RS de chez Metzeler sur les Yamaha Tracer 9 et Suzuki GSX-R1000 2026 pour les tester sur tous types de routes et sur le circuit Carole (93). Quelle variante choisir selon sa moto et son usage ? Quels sont leurs points forts et leurs points faibles ? Réponses dans notre double essai vidéo MNC !
Guide nouveautés 2026 : toutes les motos, toutes les infos

Toutes les informations sur les nouveautés moto et scooter 2026 : présentations, caractéristiques, prix, coloris, disponibilités et nos premiers essais MNC. Le guide le plus complet, marque par marque, c'est sur Moto-Net.Com ! 
  • En savoir plus...