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Paris, le 30 décembre 2015

Airbag électronique moto : Alpinestars et Dainese devant les tribunaux

Airbag électronique moto : Alpinestars et Dainese devant les tribunaux

Les fabricants italiens d'équipements moto Alpinestars et Dainese se livrent un bras de fer juridique au sujet de leur airbag électronique, respectivement le Tech-Air et le D-Air , s'accusant mutuellement d'avoir copié certaines de leurs technologies.

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Les fabricants italiens d'équipements moto Alpinestars et Dainese se livrent un bras de fer juridique au sujet de leur airbag électronique, respectivement le Tech-Air et le D-Air, s'accusant mutuellement d'avoir copié certaines de leurs technologies.

Alpinestars et Dainese vident leur (air)bag !

Outre la marque française Bering et son gilet Air Protect, deux équipementiers italiens proposent un airbag autonome (sans câble entre la moto et le pilote) dont le déclenchement est assuré par voie électronique : Alpinestars avec le Tech-Air et Dainese avec le D-Air (lire encadré ci-dessous).

Airbag électronique : qui fait quoi ?

Alpinestars et Dainese ont longuement planché sur la technologie et les matériaux requis pour développer un airbag électronique : depuis 2011 pour Alpinestars et depuis 1995 pour le tout premier prototype Dainese, une sorte de boudin théoriquement censé sortir d'un casque (lire notre Reportage MNC chez Dainese).

Après des années de tâtonnements, le Tech-Air Alpinestars et le D-Air Dainese ont vu le jour. Il s'agit dans les deux cas d'un gilet à glisser sous une veste ou une combinaison de piste, composé d'un coussin qui, une fois gonflé, vient recouvrir certaines parties du haut du corps (épaules, thorax et nuque).

Le gonflement de ce coussin s'exécute automatiquement entre 50 et 80 m/s après qu'un choc ou une chute a été détecté par la centrale électronique du dispositif. Fin 2014, Alpinestars a pris un avantage non négligeable sur la concurrence puisque sa dernière génération de Tech-Air fonctionne de manière totalement autonome, là où le déploiement de ses rivaux - dont le D-Air - passe par des capteurs installés sur la moto (lire notre Présentation complète du Tech Air Street, MNC du 29 avril 2015).

Pour en arriver à ce degré de sophistication, Alpinestars s'est servi de la compétition moto comme d'un laboratoire, afin d'expérimenter des algorithmes toujours plus réactifs, des mécanismes de gonflages constamment plus rapides et des coussins aux capacités de protection accrues. Soit la même démarche suivie par Dainese, dont les premiers D-Air ont entre autres été étrennés par Valentino Rossi himself en MotoGP.

Depuis l'arrivée à maturité technique de leur produit, les deux fabricants italiens se tirent la bourre pour s'imposer sur ce marché prometteur pour la protection du motard, mais dont la portée est limitée par son coût eccore très élevé : plus de 1000 euros l'airbag seul pour la version routière, à installer ensuite dans un blouson de la marque...

Fruits de longues - et coûteuses ! - années de recherches et de plusieurs dépôts de brevets (26 selon Dainese), ces airbags "intelligents" font la fierté de leurs concepteurs... qui n'hésitent pas à défendre leurs spécificités techniques devant les tribunaux, comme le font actuellement Alpinestars et Dainese.

Selon nos confrères américains d'Asphalt and Rubber, c'est Alpinestars qui aurait porté le premier coup en accusant Dainese d'employer un système électronique initialement développé pour son Tech-Air.

Alpinestars aurait alors envoyé une lettre à son rival pour le prévenir des suites légales de cette situation... mais Dainese assure n'avoir jamais reçu ce courrier !

Comme souvent dans ce genre d'affaires portant sur des violations de brevets et de propriété intellectuelle (voir notamment la lutte interminable opposant Apple et Samsung), Dainese accuse lui aussi Alpinestars d'avoir copié certains pans de sa technologie, en l'occurrence à propos du coussin. Une réponse du berger à la bergère portée devant les tribunaux allemands et italiens...

Depuis, cet affrontement entre les deux géants de l'équipement moto ne cesse de prendre de l'ampleur, comme en témoignent les communiqués de presse successivement publiés par Alpinestars et Dainese dans le but de faire la - leur ? - lumière sur la nature et les conséquences de ce différend.

Premier à s'exprimer publiquement, Alpinestars réfute naturellement les allégations de Dainese et précise que "le Tech Air Street recourt à des technologies développées par Alpinestars et que le coussin utilisé dans le système Tech Air fait appel des technologies courantes dans le domaine de l'airbag, utilisées notamment dans l'industrie automobile".

Alpinestars estime par conséquent que son airbag (et notamment son coussin) "ne porte pas atteinte à des tiers en termes de droits de propriété intellectuelle". Affaire classée ? Pas vraiment...

C'est pas moi, c'est lui !

Dans son communiqué, la marque à l'étoile reproche ensuite à son rival d'avoir pris des mesures - qu'il juge illégales - visant à faire retirer l'airbag Alpinestars des rayons de certains magasins. Selon Alpinestars, Dainese aurait en effet demandé à plusieurs de ses revendeurs (allemands, notamment) d'arrêter de vendre des airbags Alpinestars au motif qu'ils violaient la propriété intellectuelle du groupe Dainese...

"En Allemagne, Dainese a fait une demande directe à certains détaillants afin qu'ils cesser de proposer à la vente le système Alpinestars Tech-Air Street, et ce alors qu'aucune action en justice n'a été prise contre Alpinestars. Alpinestars n'a retiré aucun de ses produits sur le marché allemand".

"Toutes les réclamations faites par Dainese contre Alpinestars et/ou ses détaillants sont contestées et Alpinestars prend les mesures juridiques appropriées pour assurer que de telles allégations non fondées ne puissent empêcher la distribution et la vente du système Tech-Air Street", précise Alpinestars.

Sans surprise, Dainese a rapidement réagi aux accusations publiques d'Alpinestars en livrant sa propre version des faits dans un communiqué au ton particulièrement acide. Revenant sur la déclaration concernant sa démarche visant à faire stopper la commercialisation du Tech Air en Allemagne sans passer par la justice, Dainese assure exactement l'inverse !

"En octobre 2015, la Cour de Munich (Allemagne, NDLR) a publié deux injonctions préliminaires autonomes contre un revendeur allemand Alpinestars, confirmant que le système Alpinestars Tech-Air enfreint deux brevets Dainese en Europe", assure l'équipementier préféré de Valentino Rossi...

"Dainese a aussi récemment déposé, devant un tribunal allemand, une procédure supplémentaire contre Alpinestars, en dommages-intérêts compensatoires pour violation des brevets de Dainese".

La marque à la chauve souris précise ensuite avoir déposé auprès de la justice une "injonction préliminaire urgente" visant effectivement à faire arrêter la commercialisation du Tech-Air en Italie et en Allemagne. Avec sans doute l'objectif d'étendre à court terme cette interdiction au reste du marché européen et mondial.

Quelles conséquences pour la protection des motards ?

A l'heure actuelle, difficile d'y voir clair dans cet imbroglio "technico-juridique", d'autant que la traditionnelle trêve des confiseurs entre Noël et le Jour de l'An ne facilite pas les démarches d'éclaircissements. Et pour couper court aux questions supplémentaires, Dainese s'est montré très clair en expliquant que le groupe "ne fera aucun autre commentaire sur ces poursuites, préférant en discuter dans les lieux appropriés".

Autrement dit, le manufacturier italien ne s'exprimera désormais que devant un tribunal, par la voie de ses avocats. Cette prudence est tout à fait compréhensible, car les enjeux dépassent la "simple" question de violation de brevets : outre les dommages et intérêts à verser si la justice tranche en leur défaveur, Dainese et Alpinestars ont aussi beaucoup à perdre sur le plan commercial.

Ne serait-ce qu'en termes de partenariat, puisque Alpinestars a conclu un accord avec BMW pour développer une ligne de vêtements équipés de l'airbag Tech-Air. Dainese a de son côté noué des partenariats avec Ducati puis Peugeot afin que certains de leurs modèles soient pré-équipés pour fonctionner avec le D-Air : c'est le cas actuellement des Multistrada 1200 D-Air et du Metroplis D-Air. 

Dainese équipe aussi les motard de la police italienne... à qui il serait fâcheux de demander la restitution de leurs équipements si une décision de justice mettait en lumière une quelconque violation de brevet !

Enfin, Dainese noue des alliances depuis le printemps dernier avec des manufacturiers concurrents qui ne disposent pas d'airbag électronique. Grâce à ces accords, ces derniers peuvent exploiter sous licence le D-Air dans leurs propres équipements.

Pour l'instant limitée aux combinaisons de piste, cette association repose sur la D-Armor, une sous-combinaison en textile dotée de l'airbag Dainese qui vient s'insérer sous un cuir adapté. Actuellement, deux fabricants ont déjà souscrit à la démarche initiée par Dainese : l'italien Vircos et le français Furygan (photo ci-dessus).

C'est grâce à cet accord que l'on peut voir des pilotes portant une combinaison Furygan équipée du D-Air (reconnaissable au voyant situé devant l'épaule gauche), comme le champion du monde Moto2 Johann Zarco, son rival britannique Sam Lowes ou encore Mike Di Meglio en MotoGP. D'où l'importance, y compris en termes d'image, de sortir blanchi de toutes ces accusations... A suivre naturellement sur MNC : restez connectés !

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